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Exposition "Ce qui arrive"

Du 27 novembre 2021 au 20 février 2022, à H2M. Œuvres de Marc Desgrandchamps, Gaëlle Foray, Jean-Xavier Renaud

 

Voir la programmation de l'exposition.

 

Nous avions le désir de construire une exposition qui rassemble le travail autour de l’idée de ruine à un état de fait. Si nous ne représentons pas directement des ruines, nous sommes tous les trois des observateurs du délitement, tant de nos sociétés que de nos vies. Nous pourrions dire aussi que nous partageons un certain rapport à la mélancolie.

Dans les peintures de Marc Desgrandchamps des figures sans visage, sorte d’archétypes, se télescopent avec des morceaux de nature, de paysages. On y croise des formes éthérées, des aplats quasi géométriques et des traces de pinceaux légères.

Ces effigies fragmentées sont comme des statues antiques dont les morceaux auraient été disséminés sur la toile. Par une grande gestion du vide et des pleins, le peintre suggère autant qu’il ne dit et permet au spectateur de nombreuses entrées dans l’image. Marc Desgrandchamps rend l’image perméable en utilisant l’ellipse. Ce qui est peint doit être juste, dans le sens de ni trop ni trop peu. Faire émerger le beau par la sobriété des plans, des couleurs et des formes.

Gaëlle Foray voyage dans le temps en réactivant les traces du passé, confrontant les figures et les formes dans notre présent. Un devoir de mémoire comme un manuel de prévention pour adoucir le délitement. Son mode opératoire procède d’un choix de matériaux particuliers : gravas, fossiles, pierres, mues, photographies familiales. Des squames dérisoires qu’on laisse derrière nous, les résidus d’ères, de familles, d’us et coutumes révolus. Elle sample ces éléments qu’elle prélève et assemble en fictions ou en faux, formant des allers-retours dans le temps qui donnent le tournis, le vertige d’être en vie.

Les gestes sont infimes parfois et proposent d’affiner notre perception.

C’est dans un va-et-vient contrasté entre des images à l’écriture sauvage et d’autres propositions pleines de détails, usant des charmes techniques du dessin et de la peinture, que Jean-Xavier Renaud se fracasse dans l’espace de la représentation. Il hurle notre condition se coltinant les sujets les plus abjects, ivre de pathos, dans une incapacité à se distancer du réel. Seule la représentation du paysage (même trivial comme dans la série d’entrée de ville « voisins vigilants ») ou bien des animaux (témoins oculaires de nos vaines gesticulations) lui permet de reprendre son souffle.

Nous donnons à voir. Pris dans un monde-image tel que l’analyse Adam Curtis dans « hypernormalisation », nous ouvrons des brèches dans la toile de l’écran et proposons un autre rapport au temps, au réel.

Gaëlle Foray, Jean-Xavier Renaud

 

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